Pouic-pouic a aimé

Nos derniers coups de coeur

Si on chantait, Collectif (au profit du Secours populaire)

Jubilatoire ! Coup réussi pour ce roman écrit par 13 talentueux auteurs jeunesse. On pense bien sûr à la famille Malaussène de Daniel Pennac : une tribu de 8 gamins souvent délaissés par leur mère Antoinette qui a trop regardé de séries : Sydnie (4 ans), Jason (3 ans), Wayne (3 ans), Britney (7 ans), Ashley (9 ans), Ambre (10 ans), Bennett (8 ans)…. C’est plein d’humour, plein de trouvailles, plein de rebondissements ! On ne s’ennuie pas une minute et on rit ! On pense aussi aux aristocrates frappadingues de Ma Loute, le film loufoque de Bruno Dumont.

A dévorer de toute urgence en ces temps moroses !!!

Les Enfants des autres, Pierric Bailly

Roman très surprenant : quand on l’a terminé, on se demande ce qui s’est réellement passé dans cette histoire et on se rend compte qu’on a été berné. L’auteur s’est amusé à distordre le réel. On bascule sans cesse : le narrateur ne change pas mais ce n’est plus lui. Ce qui paraissait évident à un moment, ne l’est plus quelques lignes plus loin. On doute de ce qu’on vient de lire, on revient en arrière pour vérifier qu’on n’a pas eu la berlue, mais non. Bon, d’accord, alors on continue de lire, on ne peut s’arrêter. C’est comme ça. Et les enfants dans tout ça ? Ben, c’est ceux qu’on n’a et qu’on adore malgré tout ou ceux qu’on a toujours rêvé d’avoir, ou même ceux qu’on a mais qu’on ne peut plus supporter et qui ont brisé notre liberté, notre couple même… C’est terrible ! C’est génial !!!

King et Kong, Alex Cousseau

Ce petit livre jeunesse (à partir de 8 ans) est une véritable pépite !!! Un trésor d’humour, de bonne humeur, de joie de vivre. Vive King et Kong ! Deux pandas jumeaux qui se trouvent séparés pour la première fois de leur vie car l’un d’eux décide de partir en voyage, sac au dos. Ça, c’est de la littérature intelligente ! L’écriture est très travaillée : les sonorités rebondissent, les expressions sont détournées, le second degré oblige à la réflexion quand on a 8 ans. Et quelle imagination ! Qui aurait pensé à dialoguer avec une écrevisse ? Qui aurait imaginé que les loutres d’aimaient pas la pizza aux anchois ? Qui aurait cru pourvoir envoyer une « tong postale » ? Pas moi, ça c’est sûr ! Un pur moment de bonheur !!!

 

Zoom sur la collection « Petite poche » chez Thierry Magnier !

Ou comment donner à lire de grandes histoires aux petits lecteurs (enfant, ado, adulte) ! Les éditions Thierry Magnier ont confié cette collection à de grandes plumes comme Jean-Claude Mourlevat, Nancy Huston, Hubert Ben Kemoun, Marie-Sabine Roger, Dedieu… qui ont concocté des histoires qui tiennent en une cinquantaine de pages (10×15 cm et 3,90€). Parmi elles se trouvent des trésors comme L’Homme qui levait les pierres, Sur le bout des doigts, Mercedes cabossée, L’Homme à l’oreille coupée, Les Trois caramels capitaux… et plus récemment :

La Vie épique de monsieur Gaston Baleine et de son ami Bernard Lafeuille, Hanno 

On ne peut pas trop en dire… mais c’est, une fois de plus avec Hanno, une écriture sensible, poétique. Le titre nous interpelle. Qui sont donc ces deux curieux personnages au nom bizarroïde. Et bien, pas les personnages principaux qui, eux, sont des enfants qui se rencontrent … au cimetière ! Normal : lui accompagne son grand-père qui creuse une tombe et elle a enterré sa mère. C’est juste, c’est beau, c’est juste beau ! Bravo !

 

La Fille de la supérette (Konbini), Sayaka Murata 

Et hop ! Plongez dans le quotidien de Keiko, vendeuse de 36 ans, célibataire et sans enfants, employée depuis 18 ans à temps partiel dans un Kobini, sorte de mini supérette de quartier japonaise, ouverte 24h/24h. On y accueille les clients avec grande cérémonie, en costume-cravate, sourire aux lèvres, inclinaisons du buste… mais Keiko, qui a toujours voulu rentrer dans le moule, joue la comédie. Elle a toujours été différente, depuis sa plus tendre enfance. Elle a été choyée par son entourage mais a toujours beaucoup étonné. On pourrait trouver chez Keiko, la narratrice, un petit air d’Asperger, un léger côté autiste à ne pas vraiment savoir décrypter les codes sociaux, à ne jamais avoir la réaction appropriée. Alors Keiko a appris à mimer les autres : elle copie les tenues vestimentaires, reprend les expressions… mais ça ne suffit pas. Et cette situation explose quand se pointe à l’embauche, Shiraha, un jeune homme d’une maigreur repoussante, du même âge que Keiko… Ce roman étonne, fait sourire et même rire et contient une belle réflexion sur le conformisme social, sur la différence et sur le bonheur. L’auteur dont c’est le premier roman (en grande partie autobiographique) a obtenu au Japon l’équivalent de notre Prix Goncourt.

La souffrance des autres, Val McDermid 

Val McDermid a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prestigieux Diamond Dagger Award  pour l’ensemble de son œuvre. Je ne suis pas fan de thrillers, mais j’ai voulu découvrir cet auteur parait-il incontournable. J’ai commencé au hasard par La souffrance des autres. Le personnage principal, Carol Jordan, victime d’un viol dans une précédente histoire a accepté un poste au service des affaires prioritaires qui devrait la remettre sur les rails. L’inspectrice n’a rien perdu de son mordant et trouve dans son travail les forces pour affronter sa condition de victime, forcée à faire ses preuves pour gagner le respect des membres de sa nouvelle équipe. Avec son ami Tony Hill, psychologue profileur, elle forme un duo passionnant, chacun plein de doutes et de contradictions. Le suspense psychologique est intense et on est pris dans l’enquête. Voilà un auteur qui me fait réviser mon jugement sur les thrillers !!!

L’invention d’Adélaïde Fouchon, Natacha Diem

Comment se construire quand on est comme Adélaïde, une petite fille futée dans une famille pas comme les autres ? Dans la vie d’Adélaïde, il y a une chatte Raspoutine, un hamster Eluard, une maman et… deux papas.

Cette petite fille pleine de vie et de complexité, à la fois drôle et triste, est incapable d’aimer car personne ne l’y a préparée. Ses parents sont englués dans une relation amoureuse trop complexe pour donner assez d’amour à leur fille et son enfance se passe à chercher la normalité, dans la démesure, pour être enfin acceptée de tous. Devenue adulte, elle mène une vie morne dans l’ombre de son mari, leurs enfants, son chat. A la mort de son père, les souvenirs ressurgissent et le questionnement sur sa capacité à aimer. Les chapitres courts alternent enfance et âge adulte, et donnent un rythme à l’image de la petite Adélaïde, entre humour et émotion.

Premier roman d’une auteure belge, à la plume acérée et pleine de finesse !

Une Photo de vacances, Jo Witek

Merci Jo Witek ! Encore une fois, on plonge avec délectation dans ce roman jeunesse plein de délicatesse, de tendresse et d’amour. On voyage dans le temps : on a dix ans, comme Eugénie-Moogli, on partage ses joies, sa mélancolie, ses angoisses, sa phobie de devenir un monstre-adolescent comme Adèle, sa grande sœur, on adore sa famille de « pauvres », ses vacances de « pauvres » à Saint-Chinian, les moments d’ennui pendant la sieste des parents, ce bal du 14 juillet qui va bouleverser ses vacances… Comme dans Premier Arrêt avant l’avenir, notre cœur palpite, vibre, on sourit, on a les larmes aux yeux. Quel talent ! C’est un très joli roman, tout plein d’émotions, qui fait réfléchir et nous invite à profiter des jolis moments de la vie et de ses proches.

Hôtel Castellana, Ruta Sepetys

Il est des auteurs comme Ruta Sepetys ou Sarah Cohen-Scali qui écrivent pour la jeunesse des romans plus qu’intelligents : nécessaires. Ce dernier roman de Ruta Sepetys est un roman pour jeunes et moins jeunes, roman historique et histoire d’amour située en 1957 sous la dictature de Franco. C’est un ouvrage captivant, émouvant, instructif : on y suit Daniel Matheson, 18 ans, passionné de photographie venu à Madrid avec ses parents (son père, dans le pétrole, est venu pour faire affaires avec Franco) qui tombe amoureux de la belle Ana Torres Moreno, jeune fille qui cache de lourds secrets et qui travaille à l’Hôtel Castellana, quartier général de la haute société américaine. C’est le choc des cultures, la découverte de l’envers du décor, la peur, l’oppression…. C’est un travail de 8 années de recherche et c’est une vraie réussite ! Bravo Ruta Sepetys !!!

Rouge, blanc, bleu, Léa Carpenter

Roman d’espionnage ? Récit psychologique ? Livre de l’intime et de l’analyse ? Un peu tout cela. L’action laisse ici la place à une réflexion profonde et documentée sur le fonctionnement de la CIA et ses rapports avec ceux qui la servent.
Noël, le père d’Anna, fut l’un d’eux jusqu’à son décès accidentel dans les Alpes, la veille du mariage d’Anna. La découverte de vidéos, la rencontre avec un ancien proche de Noël puis les enquêtes de sécurité liées à l’ascension politique de son mari vont peu à peu dévoiler à Anna le passé caché de son père, relais d’une source majeure de l’Agence en Chine. Méthodes de recrutement, mise en condition, utilisation permanente du polygraphe, traitement des informateurs et surtout, fragilité et instabilité du statut d’agent : on est loin de James Bond !… de très courts paragraphes se succèdent dans l’évocation des divers épisodes de la vie de cet homme et de sa fille qui le raconte. Tout en finesse.