Pouic-pouic a aimé

Nos derniers coups de coeur

La Petite ville des grands rêves, Fredrik Backman
Mazarine

Dans la petite bourgade d’Ursa, trou perdu quelque part en Suède, où le soleil ne perce que rarement, collé à la forêt enneigée, tout tourne autour du hockey sur glace. Tout le monde se connaît, tout le monde soutient les Ours du club. Fredrik Backman entremêle le fil des existences de personnages hauts en couleur dont il a sculpté les dialogues avec toujours autant de brio. On y découvre donc les vies de Maya, Ana, Peter et Mira, celle de Benji, de Kevin, d’Hamat, Bobo, Sune, Ramona (Ah ! Ramona !!!), Jeannette, Hadri… toute une galerie de personnages qui représentent l’humanité dans ce qu’elle peut avoir de plus beau mais aussi de plus laid. Il est question de sport, bien évidemment, d’adrénaline, mais aussi d’amour, de haine, d’hypocrisie, de loyauté. Encore une fois, on apprécie la tendresse de l’auteur pour ses personnages, son humour, la finesse dans son analyse des relations humaines. Des questions viennent ponctuer régulièrement le récit : « quelle est la taille de l’univers quand on a 12 ans ? », « Pourquoi aime-t-on le sport ? » « Qu’est-ce qu’une société ? » « Qu’est-ce qu’un groupe ? »… Et c’est accompagné des « Bam-Bam-Bam-Bam-Bam » du palet frappé sur la glace qu’on trouvera les réponses. Ce nouveau roman de Fredrik Backman célèbre l’humilité et l’intelligence du cœur et c’est un vrai régal. [Laure]

 

Vieux criminels, Nicolas de Crécy
Sygne

Vieux criminels, c’est une histoire de vieux bandits tout pourris, de loosers sans pareille qui vivotent dans un coin paumé des Cévennes. En même temps, il ne s’agit pas de n’importe quels criminels… mais chut ! Je ne dirai rien ! En même temps, avec un bandeau pareil sur la couverture, on est vite mis au parfum… (grrr !!!) Je vous laisse découvrir cette aventure imaginée par Nicolas de Crécy, génial auteur de BD qui révèle ici une plume vigoureuse et drôle. Il y a comme un air de Philippe Carrèse dans ce roman plein de surprises et c’est une lecture fort divertissante, amusante et d’autant plus agréable à lire qu’elle se passe entre Nîmes, Alès, Le Vigan, la Camargue… tout à côté, quoi ! [Laure]

Les Aventures de China Iron, Gabriela Cabezon Camara
Les éditions de l’Ogre

Même quand on ne connaît rien à la littérature argentine comme moi, quand on ne sait pas qui est José Hernandez, qu’on n’a pas lu son poème épique intitulé Martin Fierro qui est considéré comme le grand classique de la littérature gaucho, on apprécie grandement la lecture des Aventures de China Iron de Gabriela Cabezon Camara. Le dépaysement est garanti : on traverse la Pampa argentine en compagnie de Josefina (la China du titre) et de son chien Estreya à bord de la charrette de Liz. C’est la China qui raconte, une orpheline, violentée, deux fois mère à 14 ans à peine, mariée à Martin Fierro, qui fait une rencontre qui va bouleverser sa vie, celle de la Rousse, Elizabeth, une Anglaise à la recherche de son époux qui va lui tendre la main, l’aider à devenir libre, l’instruire, en faire une femme épanouie. C’est une histoire lumineuse, folle, une aventure un peu comme un western : on y croise les fameux gauchos qui mènent les troupeaux de vaches sauvages, de chevaux, les chiens, les chimangos qui planent… Et au fur et à mesure qu’on avance dans le roman, au fur et à mesure que l’amour grandit et que l’aventure devient plus folle encore, on se rend compte qu’on a été bercé par le mélange de mots anglais, espagnols et guarani et on pénètre, dans la troisième partie du roman dans un monde unique, libre, où les repères ont été effacés. On est comme enseveli par cette nature omniprésente qui éveille tous les sens, on est fasciné par cette expérience humaine dont le seul but est la liberté et l’amour. Bravo ! [Laure]

Pas les mères, Katixa Agirre
Editions Globe

Une jeune maman, romancière reconnue, apprend qu’une de ses anciennes connaissances vient de noyer ses jumeaux d’un an. Cet acte a de telles résonnances dans sa propre vie, qu’elle prend un congé sabbatique et décide d’assister au procès. L’auteure construit en parallèle les questionnements de la jeune femme  et les minutes du procès. Est-elle une mauvaise mère cette femme qui choisit de ne pas se sacrifier corps et âme à son nourrisson ? Est-elle mauvaise mère, cette femme qui, à bout par manque de sommeil, voudrait abandonner son enfant telle Mme Bovary ? Est-elle mauvaise romancière cette femme qui abandonne sa création pour se consacrer à sa descendance ? Un bouleversant qui décortique le statut de mère, explore l’image de la vierge-mère, les conséquences d’une naissance sur le désir et tous les tabous qui entourent l’amour maternel. Génial ! [Claire]

Wombat, le super héros, Serenella Quarello et Julie Colombet
Editions Sarbacane

GENIAL !!! Mais attention : vous risquez d’apprendre des trucs en vous amusant ! Un riche documentaire entièrement consacré entièrement au wombat, marsupial australien plein de surprises ! Son portrait est esquissé grâce à de nombreux et courts chapitres qui mettent en avant une qualité de cet animal : architecte, généreux, gastronome… Album documentaire plein d’humour pour les enfants à partir de 5/6 ans. [Laure]

Vies dessinées, Marco Rincione & Giulio Rincione
Collection Timed, Shockdom

2ème volet de la collection Timed des éditions Shockdom, Vies dessinées est une BD au graphisme envoûtant. On débarque dans la vie retirée de Carl, frappé par la malédiction « Timed », phénomène qui frappe des gens ordinaires comme lui, qui se retrouvent dotés de pouvoirs surnaturels. Mais ce don est limité dans le temps et son détenteur meurt à son épuisement. Carl a fui la société car son don le contraint à voir ce que les autres pensent, à ressentir ce qu’ils voient, à penser ce qu’ils disent. Il s’est entouré de créatures de papier, transparentes et amies… J’ai été littéralement absorbée par la technique du dessin, magistral. C’est fascinant !!! [Laure]

 

Les lueurs du lendemain, Jennifer Cody Epstein
Les Escales

Encore un roman sur le nazisme ? Certes, la couverture ne laisse aucun doute sur le propos mais il faut plonger dans ce superbe roman pour en apprécier toute l’originalité. Deux ados, Ilse et Renate, dans le Berlin de 1933. Deux amies, fusionnelles, pleines de projets, de qualités, persuadées d’un destin hors du commun. On plonge dans le quotidien de ces écolières de bonnes familles, peu à peu enfermées dans les bouleversements provoqués par la montée du nazisme et le cheminement insidieux de l’antisémitisme. Ilse est séduite par l’idéal d’une Allemagne forte et pure que véhicule la Ligue des Jeunes Filles allemandes, dont Renate est exclue puisque issue d’un mariage mixte. Petit à petit, leur amitié se délite, et lorsque les lois de Nuremberg sont promulguées, il n’est plus possible pour l’une ou pour l’autre de poursuivre la même route. Alors que Ilse, engagée dans le nazisme, va assister et participer à des actions violentes, la famille de Renate se débat pour survivre jusqu’au moment où, comprenant qu’il n’y aura pas d’issue pour eux, les parents de Renate et son frère Franz les convainc d’émigrer aux Etats-Unis.
En 1989, la fille d’Ilse, Ava, reçoit en héritage de sa mère décédée, un paquet de lettres adressées à Renate et découvre alors l’histoire de sa mère, de cette amitié, des choix qu’elle a dû faire et trouve enfin les réponses que sa mère n’a jamais voulu lui livrer sur ses origines. Cette mère avec qui elle était brouillée, cette mère qui l’a abandonnée pendant 8 ans, qui ne savait pas l’aimer, qu’elle a fui pour s’installer aux Etats-Unis.
Le récit n’est pas chronologique. Chaque lettre coupe le récit et donne un éclairage sur le personnage d’Ilse. Certaines scènes, comme les violences de la nuit de cristal, sont bouleversantes, tant par l’horreur que dégage la bestialité d’une foule haineuse, que par la psychologie d’Ilse engagée dans un processus qu’elle ne maîtrise plus. Roman historique mais aussi sociologique, qui témoigne des méfaits de l’endoctrinement, de l’impact de cet engagement sur les générations futures et qui engage à ne rien oublier du passé pour préserver l’avenir. [Claire]

Ils ont volé nos ombres, Jean-François Chabas
Collection Les Héroïques, Talents hauts

Voilà un roman très fort, ancré dans l’actualité et débordant de sagesse. Celle des Aborigènes. C’est Bagaa qui raconte. Elle a 102 ans. Nous sommes en 2020. Bagaa s’est emparée de cahiers où elle couche pour la 1ère fois son histoire. Une histoire terrible, celle d’une petite fille métisse Yamaji qui se retrouve orpheline à 11 ans, élevée par une mère rejetée par sa tribu, et qui va affronter mille dangers, rester seule trop longtemps, loin des Mundungu, les Blancs. Bagaa est un témoin. C’est une histoire ancrée dans l’Histoire, celle d’un peuple qui a été saigné à blanc, humilié, violé, trahi. C’est la terrible histoire de la colonisation. C’est aussi un roman qui vous plonge au cœur de la nature sauvage, cruelle de l’Australie occidentale, un décor tour à tour enchanteur et terrifiant où évolue toute une faune inconnue et incroyable. C’est enfin un hommage vibrant rendu à ces tribus aborigènes, ces peuples magiques, ces « mobs » à la culture complexe, qui ont immensément souffert mais qui sont restés pacifiques et bienveillants. Une leçon d’humanité et d’humilité. Chapeau M. Chabas et merci !!! [Laure]

Leur âme au diable, Marin Ledun
Série noire, Gallimard

Après un petit détour dans le polar plus léger de Salut à toi ô mon frère et de sa suite La Vie en rose, Marin Ledun revient, pour mon plus grand bonheur, avec un pavé de 600 pages, véritable enquête sur le lobby du tabac et les interactions dans la société française des années 80 à 2000. L’histoire commence par le braquage sanglant de camions citernes remplis d’ammoniaque. L’enquête menée par les deux policiers va nous embarquer dans un univers effrayant de noirceur. L’auteur décortique tous les rouages de ce commerce juteux qui utilise menaces, chantage, manipulations politiques, corruption. On est dans la France des publicités machistes et cyniques, où fumer représentait la liberté, la virilité et permettait de sentir « l’air frais du petit matin ». Même si la loi Evin amorce un frein en 1991, tout est bon pour vendre toujours plus au mépris de toute morale, des lois et de la santé. Nous savons maintenant ce que contiennent les cigarettes : des additifs, des conservateurs, de l’ammoniaque, la liste des produits toxiques est longue. L’enjeu est important car la filière du tabac dans les années 80, ce sont des agriculteurs, des scientifiques, des camionneurs, des commerciaux, des buralistes, des publicitaires, bref des millions de personnes pour des profits colossaux.
L’écriture est cinématographique : les chapitres courts et chronologiques sont entrecoupés de rapports de police qui permettent de suivre le déroulé de l’enquête. L’histoire monte en tension par des scènes réalistes, implantées dans notre histoire politique. Tout est hyper documenté, fiction et réalisme nous amènent tambour battant jusqu’à la conclusion, cynique et désabusée.
J’étais déjà fan de Marin Ledun avant, c’est confirmé avec celui-là !
[Claire]

La Rivière, Peter Heller
Actes sud

On attendait avec impatience la parution du nouveau roman de Peter Heller (l’auteur du magnifique Peindre, pêcher, laisser mourir) … C’est fait ! Amoureux de la nature, amis du canoë, amateurs de suspense, foncez !!! Embarquez aux côtés de Wynn et Jack, deux jeunes étudiants, amis pour la vie, pour une expédition sur le sinueux fleuve Maskwa dans le nord du Canada, direction la baie de l’Hudson. Laissez-vous étourdir par les descriptions de forêt, de faune sauvage, les parties de pêche, de cueillette des myrtilles et surtout, laissez-vous surprendre par cette histoire incroyable de lutte contre la montre, contre les éléments déchaînés, de folie qui guette et de mort qui rôde… Un très bon moment de lecture, assurément divertissant et palpitant !!! [Laure]

 

Un voisin trop discret, Iain Levison
Liana Levi

Quel rapport entre Jim, sexagénaire un peu misanthrope, et chauffeur Uber de son métier, Corina, une pétillante portoricaine, son mari Grolsh, sniper en mission en Afghanistan et Kyle, jeune homme homosexuel et ambitieux, membre des Forces Spéciales ? C’est justement la force de Levison, de faire de tous ces personnages un récit à tiroirs qui nous tient en haleine jusqu’à la fin, inattendue et cocasse. Leurs péripéties nous alertent sur les travers de la société américaine mais aussi plus largement de notre époque, sans moralisation, avec profondeur et beaucoup de malice. Ian Levison nous entraîne, pour notre plus grand plaisir, dans les vies drolatiques où vont s’entrechoquer les destinées de Corina, Madison, Jim, Kyle, Grolsh et quelques autres encore. Il serait regrettable de vous dévoiler l’histoire, ce petit bijou d’humour est idéal pour un bon moment de détente !!! [Claire]

Les Enfants véritables, Thibaut Bérard
Les éditions de l’Observatoire

Voici le deuxième roman de Thibault Bérard qui nous avait déjà bouleversées avec « Il est juste que les forts soient frappés ». Sans être à proprement parlé une suite, c’est un autre morceau de l’histoire de Théo et Cléo que l’on découvre : le récit alterne entre leur vie « après » la mort de Sarah (la femme de Théo emportée prématurément par un cancer), le quotidien de cette famille « recomposée » et l’enfance de Cléo qui a eu sa part de douleur aussi mais qui continue d’avancer sur le chemin de la vie. C’est une fois encore un roman lumineux, d’une extrême justesse qui questionne le lien maternel, l’amour incommensurable que l’on porte à ses enfants, la construction d’un couple, la recomposition d’une famille, la place que chacun y trouve… Comme dans « Ensemble c’est tout » d’Anna Gavalda, on freine des quatre fers pour cheminer encore un peu avec ces personnages qui nous apprennent, nous renvoient à nos propres inquiétudes, à nos peurs, nos joies… C’est beau, c’est fort, c’est bouleversant ! Merci M. Bérard !