Pouic-pouic a aimé

Nos derniers coups de coeur

Les Enfants véritables, Thibaut Bérard
Les éditions de l’Observatoire

Voici le deuxième roman de Thibault Bérard qui nous avait déjà bouleversées avec « Il est juste que les forts soient frappés ». Sans être à proprement parlé une suite, c’est un autre morceau de l’histoire de Théo et Cléo que l’on découvre : le récit alterne entre leur vie « après » la mort de Sarah (la femme de Théo emportée prématurément par un cancer), le quotidien de cette famille « recomposée » et l’enfance de Cléo qui a eu sa part de douleur aussi mais qui continue d’avancer sur le chemin de la vie. C’est une fois encore un roman lumineux, d’une extrême justesse qui questionne le lien maternel, l’amour incommensurable que l’on porte à ses enfants, la construction d’un couple, la recomposition d’une famille, la place que chacun y trouve… Comme dans « Ensemble c’est tout » d’Anna Gavalda, on freine des quatre fers pour cheminer encore un peu avec ces personnages qui nous apprennent, nous renvoient à nos propres inquiétudes, à nos peurs, nos joies… C’est beau, c’est fort, c’est bouleversant ! Merci M. Bérard !

Travers de porc, Nena
Editions Lapin

AH AH AH !!! PFFF !!! Encore une fois les éditions Lapin nous régalent de cet humour si… bête ? « Qui vivra verrat. Porc anonyme du XIIIème siècle » est la citation mise en exergue de cette nouvelle BD et elle donne le ton ! On avait adoré la série des Patates (3 tomes) de David Berry, conversation enlevée entre des pommes de terre. Ici, ce sont deux porcs « férus de bibliothèque, de Playstation et de philosophie qui se questionnent : qu’attendre de la vie quand on est voué à la rillette ? » (4ème de couv’). C’est « 12 euros bien gras » (idem). Que ça fait du bien de rire !!! Foncez !

Bande de poètes, Alexandre Chardin
Casterman

Il fallait oser et Monsieur Chardin l’a fait !

Tout en alexandrins, l’histoire nous est contée !

Il est fou cet auteur ! il nous fait un caprice,

C’est pour les jeunes ce truc, bravo, et quel délice !

Une histoire d’ados passionnés de musique :

Amir, Abou, Julien, la valeureuse Nour,

Attendent le lecteur pour lui parler d’amour

De trompette, d’piano, de rap, c’est fantastique !

(Rendons à César ce qui lui appartient : les vers 3 à 6 sont inspirés de ceux écrits par l’auteur…)

D’or et d’oreillers, Flore Vesco
Ecole des Loisirs (Medium)

MAGISTRAL ! Rien que ça ! Voilà une lecture originale et captivante pour les jeunes filles à partir de 14-15 ans. Ce nouveau roman de Flore Vesco (récompensée du Prix Vendredi pour L’Estrange malaventure de Mirella) est un roman imprégné de merveilleux, inspiré des contes traditionnels (La Princesse au petit pois, Cendrillon…) mais il est d’une terrible actualité : il y est question de féminité, de liberté, de sensualité, de sexualité (de très jolis passages coquins à souhait et délicats) et de sorcellerie ! Qui a dit que la magie, ce n’était pas pour les femmes ? des hommes, évidemment ! Mais nulle revendication féministe outrancière ici ! plutôt une ode à l’intelligence, à la liberté, à l’affirmation de soi dans sa différence. Notre héroïne, Sadima, n’a rien à voir avec les canons de beauté des contes de fée. Elle n’a pas la langue dans sa poche, elle est vaillante, courageuse, curieuse, sensible, maîtrise l’art de la chasse, celui de la comédie. C’est une histoire d’amour, d’Amour vrai, et l’on est absolument charmé par cette lecture savoureuse, pleine d’humour, de délicatesse, de finesse. Un vrai bon moment de lecture !!!

  

Le Bateau de Thésée (6 volumes), Toshiya Higashimoto
Vega

Enfer et damnation !!! J’ai sombré dans cette série de mangas aussi captivante qu’une bonne série Netflix !!! J’attends donc avec impatience la suite de ce Seinen (manga pour jeunes adultes) qui touche au genre policier, au thriller mais également au fantastique. On plonge à la suite de Shin, tout jeune papa, qui décide d’aller rencontrer enfin son père, Bungo Sano, condamné à mort qui a toujours clamé son innocence, père dont on a toujours cherché à le tenir éloigné. On voyage entre Tokyo et l’île d’Hokkaido, entre 2017 et 1989, l’année où éclate l’affaire dans laquelle a été impliqué Bun. Certes, le procédé du voyage temporel est assez convenu mais ici, il s’accompagne d’une vraie réflexion sur les relations familiales, la paternité, et surtout l’identité : le « bateau de Thésée » est un paradoxe philosophique qui questionne l’identité à travers le temps. Le dessin est magistral, l’expression des sentiments très bien rendue, le suspense insoutenable… mais qui est l’auteur de ces crimes abominables ???

 

Lightfall, La dernière flamme, Tim Probert
Gallimard BD

Il est vrai qu’on pense à Miyazaki quand on lit Lightfall : l’univers dans lequel vit Béatrice, les créatures qu’elle va rencontrer quand elle se lance à la recherche de son grand-père, un Cochon-sorcier, la magie qui imprègne cette première aventure nous évoquent les histoires du grand maître japonais de l’animation. Béa est une jeune fille très angoissée qui va devoir surmonter ses peurs pour affronter les obstacles qu’elle et Cad, un Galdurien intrépide et enjoué qui la tire d’un mauvais pas, vont rencontrer dans leur quête. Tout est réussi : le dessin, les couleurs, l’histoire, le format. Jolie découverte pour les lecteurs de fantastique à partir de 9-10 ans.

La Face nord du cœur, Dolorès Redondo
Série noire Gallimard

Pour ceux qui, comme moi, n’avez pas lu la Trilogie du Baztan de cette auteure, c’est une belle découverte que ce roman !

L’héroïne, la jeune sous-inspectrice Amaia Salazar de la police de Navarre, fait un stage de profileuse au FBI. Très vite remarquée pour ses dons exceptionnels par l’agent Dupree, son instructeur, elle est associée à l’enquête sur un criminel en série qui sévit à la Nouvelle Orléans.

Nous sommes en 2005 et l’ouragan Katarina va notablement compliquer l’enquête.  Dolorès Redondo nous plonge avec brio dans cette atmosphère glauque d’apocalypse où se mêlent le rituel meurtrier du tueur et les rituels vaudou, et les tragédies engendrées par l’ouragan.  Le quartier de Treme, le plus durement touché, le plus pauvre, est le théâtre de viols, de morts et de pillages. Les hôpitaux sont bondés et les secours ont de grandes difficultés à aider la population.  Dolorès Redondo démontre également que dans les catastrophes, les choix politiques ne sont pas toujours du côté de ceux qui ont besoin d’aide.

Si le présent est glauque, le passé l’est aussi. Les deux agents ont eu une enfance dévastée et c’est par des allers-retours que l’on découvre les résonnances que cette enquête provoque chez nos enquêteurs.

Roman policier donc, roman noir, roman psychologique et engagé, la recette est très bonne. A déguster !

 

La patience de l’immortelle, Michèle Pedinelli
Editions de l’Aube – L’Aube noir

Un gros coup de cœur pour cette romancière italo-corse qui nous entraîne dans la Corse, la vraie, âpre et contrastée, dans cette nature sauvage menacée par la spéculation et la maladie.

Ghjulia Bocanerra, détective privée, est partie depuis longtemps sur le continent. A la demande de Joseph Santucci, son ancien compagnon, elle revient en Corse pour enquêter sur la mort de Letizia Paoli, jeune journaliste mais également la nièce de Joseph. En tant que commissaire de la PJ de Nice, il ne peut ingérer dans l’enquête et pense, à juste titre qu’il sera plus facile à une corse d’origine  d’aborder les insulaires et d’obtenir des informations.

L’auteure nous raconte ses racines, sa terre, avec rudesse et émotion. Elle analyse avec finesse le problème de l’insularité et profite du roman pour égratigner ceux qui polluent l’image de la Corse ou ceux qui en  donnent une image parcellaire tel  Prosper Mérimée qui, nous dit-elle, n’y a jamais mis les pieds.

On s’attache à cette Djulia « Diou », drôle et entêtée, sensible et lucide et la fin de ce roman (que je ne vous dévoilerai pas) est à la fois fine et originale.  Appâtée par ce roman, je me suis plongée dans le deuxième « Après les chiens » avec délectation.  Celui-ci se situe à Nice où réside la romancière et il y est question d’immigration… Mais je ne vous en dis pas plus, si vous aimez les polars engagés, les bonnes intrigues, les analyses psychologiques fines, n’hésitez pas !!!  Moi je vais lire le premier pour mieux comprendre cette Diou….

La guérison de Rose Gold, Stephanie Wrobel
Pygmalion

Patty, la mère, est infirmière et élève seule sa fille Rose Gold. Pendant 18 ans, cette mère la déclare malade, la traîne de médecin en médecin, diagnostiquant diverses pathologies et traitements variés. Elle installe sa fille dans un fauteuil roulant et, « pour son bien », la retire de la vie scolaire et d’une quelconque vie sociale. Elle s’autoproclame ainsi la meilleure mère auprès de ses voisines qui voient en elle un trésor d’abnégation et de courage. Mais un jour, Rose témoigne contre elle et Patty se retrouve en prison. A sa sortie, Rose Gold accepte que sa mère revienne vivre avec elle…

Construit à deux voix, on est balancé entre l’empathie (an-Patty) que l’on pourrait avoir pour Rose Gold, détruite à petits feux par sa mère, et le doute que suscitent les mensonges de Rose Gold.

Qui est la plus malade, la plus manipulatrice, la plus désespérée ?

Suspense psychologique, ce roman noir est le premier roman pour Stephanie Wrobel, une réussite !

Un dernier ballon pour la route, Benjamin Dierstein
Les Arènes

Avis aux amateurs de polar rural, celui-là c’est du brut !

Freddie et Didier, anciens militaires, anciens policiers, anciens agents de sécurité, ne sont plus que des piliers de bistrot, conservés par l’alcool et la force de l’amitié. Un ancien ami de Freddie lui demande de retrouver sa fille. Et les voilà, (récompense à la clef) qui s’improvisent enquêteurs. La mission amènera les deux comparses à revenir, au terme d’un périple aussi mouvementé que périlleux, dans le village d’enfance de Freddie.

Truculent, déjanté (mais pas que), ce roman est construit en deux parties. Dans la première, nous sommes dans une périphérie où les commerces constituent la seule échappatoire à un quotidien morose et où, finalement, « Lever le coude est la meilleure façon de ne pas baisser les bras » (proverbe de bistrot). Une société ultra violente, où il ne fait pas bon être une femme ou un looser, où les enfants deviennent des sauvages avant de devenir des hommes. Dans la seconde partie, il est question de la mort des villages par l’industrialisation de l’élevage. On pourrait se croire dans un western, tant l’écriture est cinématographique et les dialogues savoureux mais nous sommes dans la France profonde, celle des bistrots qui maintiennent le lien social, où les Indiens sont devenus marginaux, gitans, « cassosses » et où les cow-boys sont les familles qui détiennent le pouvoir financier, politique et administratif.

Tout ceci dans une ambiance burlesque, parfois fantastique avec une enfant qui parle aux loups, une chèvre dépressive et des vaches fantômes, mais aussi poétique et sensible. Rien de convenu dans ce roman, jusqu’à la fin.

Bref, vous l’avez compris, Benjamin Dierstein rejoint le top des auteurs de notre fonds polar !

Tyrannie de la Beauté, Chroniques slaves, Stanislav Demidjuk
Editions Un Jour/Une Nuit

CLIN D’ŒIL à notre ami Stanislav Demidjuk : venez découvrir à la librairie son livre Tyrannie de la beauté – Chroniques slaves, éditions Un Jour/Une Nuit. C’est un ouvrage historique et biographique passionnant, une odyssée et une épopée qui lient la grande Histoire, fresque vivante et vibrante des Slaves et la petite, celle des ancêtres de Stan, de ses parents et grands-parents yougoslaves, ukrainiens, russes et allemands. Stanislav Demidjuk est né à Zagreb en Yougoslavie et n’a vécu que peu de temps sur sa terre natale. Ses parents émigrent en Australie, pays qu’il quittera 15 ans plus tard pour retourner en Europe ; il a séjourné en Italie, en Allemagne, plus longuement en Angleterre avant de choisir la France comme port d’attache en 1974. Journaliste, ébéniste, céramiste, animateur culturel, et surtout homme engagé, il a participé à la publication de deux autres livres, Irlande, insoumise et rebelle, et Nouveaux Regards sur les Brigades Internationales – Espagne 1936-1939.

 

 

 

Florida, Olivier Bourdeaut
Finitude

Génial ! Un nouveau roman d’Olivier Bourdeaut !!! Mais attention ! Celui-ci n’a rien à voir avec les précédents ! L’auteur réussit à se glisser dans la peau d’une jeune fille que sa mère rêve de voir monter sur le podium pour être sacrée Mini-miss ! C’est l’histoire d’une vie ravagée par des espoirs déçus, par l’ambition par procuration… C’est l’histoire d’Elizabeth Vernn qui ne rêve que de vengeance, qui brûle de ce feu infernal et qui va utiliser son corps comme instrument pour servir ce noir dessein. C’est plein d’humour, de coups de griffes contre notre société de l’image, contre le culte du corps et de la beauté, la sexualisation des petites filles. L’écriture « parlée » et le rythme sculpté entraînent immédiatement le lecteur qui plonge avec envie dans cette aventure qu’il devine terrible… GENIAL !!!!