Pouic-pouic a aimé

Nos derniers coups de coeur

Pico Bogue : Inséparables, Dominique Roques et Alexis Dormal, Dargaud

Douzième numéro de la série Pico Bogue, toujours aussi savoureux !!! Ça pétille d’intelligence, de finesse et d’humour ; et quel sens de la repartie ! Le coup de crayon est toujours aussi maîtrisé ! Quels enfants !!! Tout est réussi : Pico, sa petite sœur Ana Ana, la bande de copains et copines, les réflexions sur le sens de la vie, la nécessité d’apprendre, la place de la femme, l’art de moucher les adultes, de les questionner et de les pousser dans leurs derniers retranchements, de les obliger, de NOUS obliger à prendre la mesure de notre bêtise parfois, de notre conditionnement…. La petitesse de tous ces enfants ne fait que souligner leur grande intelligence. C’est jubilatoire !

 

 

Touiller le miso, Florent Chavouet, éditions Picquier

Ça y est ! Moi aussi je peux crâner maintenant et dire : « Je suis allée au Japon ! C’était génial !!! » Ben oui, quoi, j’ai lu Touiller le miso de Florent Chavouet ! C’est bien pareil, non ?!!! Sur la page de droite un chouette dessin avec un haïku écrit sur place (puisque c’était l’objectif de l’auteur : aller au Japon pour écrire des kaïkus. Enfin, l’objectif de départ, c’était boire du sake…) et sur la page de gauche, tout un tas de choses (plans de ville, de quartier, façades d’immeubles, devantures de magasins, description d’aliments exotiques, savoureux ou insipides, des voitures dans des garages, des sculptures rencontrées au musée, des bouteilles de bières, des animaux…. (suite…)

Y a pas que la vie, Estelle Billon-Spagnol, Sarbacane

C’est l’histoire d’une bande de copains, ceux de la rue des Oiseaux, copains depuis l’enfance, dans un trou perdu de Champagne. C’est une histoire découpée en trois parties : « juste avant », « juste après », nouvelle année. Avant et après la tragédie. Y a pas que la vie est un roman poignant avec des points de vue qui s’entremêlent, des interrogations sur le sens de la vie, l’amour, l’amitié, la fidélité, l’avenir… la vie, quoi, et la conclusion, c’est que, y a pas que la vie, mais c’est la vie et c’est beau !!! Et ce livre respire la vie !!!

 

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture

1er tome parut initialement en 1908, Anne de Green Gables rencontra un énorme succès. Et c’est bien normal ! C’est une lecture réjouissante, divertissante au possible que ces aventures de la petite orpheline de 11 ans, Anne Shirley, qui débarque à Green Gables et va chambouler le quotidien de Marilla et Matthew Cuthbert, frère et sœur qui ont fait le choix de l’adoption et se retrouvent, eux qui souhaitaient accueillir un garçon, avec cette tornade rouquine espiègle, féministe involontaire, tragédienne née dotée d’un pouvoir exceptionnel, celui de réenchanter le monde grâce à son imagination débordante. On rit, on réfléchit et l’on pense évidemment à Mark Twain, (cette orpheline a des airs de Tom Sawyer), à la comtesse de Ségur, à Marcel Aymé aussi dans les Contes du chat perché. C’est jubilatoire, c’est un vrai beau livre (à l’ancienne), et ça fait un bien fou en ces temps moroses !!! (adapté en série sur Netflix ! Anne with an « E »)

Muchacho, intégrale, Emmanuel Lepage, Aire Libre, Dupuis

Voilà une belle idée de cadeau !!! Comme toujours, Emmanuel Lepage nous offre une histoire puissante, belle, émouvante servie par un talent graphique incroyable ! C’est ici un travail d’enquête de terrain remarquable qui nous plonge dans les années 1970 au Nicaragua, en pleine révolution sandiniste. Gabriel de la Serva, tout jeune prêtre, est sollicité pour ses talents de peintre et doit réaliser une fresque dans l’église d’un petit village perdu au milieu de la forêt équatoriale. Il y découvre la misère terrible dans laquelle vivent les villageois terrorisés par la Guardia Civil, les viols et les exactions de l’armée. Sa foi est ébranlée mais il découvre l’amour…

Période glaciaire, Nicolas de Crécy, Futuropolis & Louvre Editions

Ambiance apocalyptique pour cette réédition d’une BD de Nicolas de Crécy, parue en 2005,  dans laquelle on suit un groupe d’humains qui recherchent des vestiges humains, intrigués qu’ils sont par une relique marquée d’un symbole étrange : un O coincé dans un M et l’expression « Droit au but »… Cette drôle d’expédition  qui compte également des chiens-cochons génétiquement modifiés, dotés d’un flair « historiologique » , tombe sur une ville ensevelie, en équilibre sous la glace. Cette ville regorge d’énigmes, de mystères à interpréter… et c’est bien d’interprétation dont il est question ici puisque l’auteur nous régale d’une magistrale leçon d’histoire de l’Art. BD éditée par Futuropolis et Louvre Editions, c’est un signe….
C’est drôle, intelligent et efficace.

 

L’Accident de chasse, David L. Carlson et Landis Blair, Editions Sonatine

Un puissant roman graphique tout en noir et blanc, une œuvre dense et captivante inspirée de faits réels : c’est l’histoire de Matt Rizzo, père de Charlie Rizzo, ami de David L. Carlson, le scénariste (pour qui ce volumineux ouvrage est une première). Charlie a raconté l’histoire incroyable de son père à David, celle d’un homme rendu aveugle suite à un accident et dont le destin est lié à celui de deux tueurs légendaires de Chicago auteurs d’un crime abominable et gratuit en 1924. C’est l’histoire d’un très long séjour en prison, un séjour en enfer mais aussi et surtout un hommage à La Divine comédie de Dante et une ode au pouvoir rédempteur sans limites de la littérature. Magistral !!!

 

                
R.I.P., Gaet’s et Monier, Petit à Petit

Trois volumes pour le moment sur les six annoncés, chacun centré sur un personnage : Derrick, Maurice et Ahmed. BD très efficace, entre thriller, polar et chronique sociale, avec un scénario qui fait penser aux bons films de Quentin Tarantino. Plongez dans les coulisses d’une équipe de choc en charge du nettoyage des scènes de crime, des décès suspects, des « collés » (beurk !)… équipe composée d’individus très différents, au caractère bien trempé pour certains, prêts à tout pour en finir avec cette vie pourrie qui sent la mort ! Ambiance glauque et morbide garantie mais avec des personnages drôles et attachants. Le scénario est réussi, le coup de crayon magistral, foncez !!!!

 

Les pantoufles, Luc-Michel Fouassier, Éditions de l’arbre vengeur

Comment une mésaventure, oublier ses clés et se retrouver en pantoufles sur le palier, peut bouleverser le destin et se transformer en une merveilleuse aventure.  Le narrateur choisit de conserver ses pantoufles. Dès lors sa journée sera faite de rencontres improbables comme celle de la confrérie des farfelus, faire basculer les codes comme lors de la réunion de travail, stigmatiser les vanités (le passage l’exposition de peinture est délectable !), et donner une légèreté au héros qui lui donne la force d’inverser le handicap des pantoufles lors de la partie de tennis.
Un pied de nez au conformisme, servi par une écriture haut de gamme !
Réjouissant !!!!

Balèze, Kieze Layton, Les Escales

Balèze comme la relation avec sa mère, violente, qui pense que seule l’éducation va sauver son fils du racisme. Une mère en souffrance, universitaire brillante, victime elle-même de la discrimination raciale, sociale, salariale. Balèze comme ces mêmes violences raciales, qui distillent la peur chez l’homme noir. Balèze comme son corps qu’il remplit de nourriture pour apaiser sa souffrance, pour le priver ensuite à l’extrême, passant de 140 kg à 72 pour 1,85 m, comme pour le punir. Balèze comme l’écriture de Kieze Layton dans cette autobiographie déchirante. Une magnifique analyse de la négritude, de la société américaine par une introspection sans concession, une sincérité qui nous prend aux tripes. Balèze assurément !!!!!

Des vies à découvert, Barbara Kingsolver, Rivages

En parallèle deux femmes : Willa Knok, journaliste indépendante en charge de famille et Mary Treat qui au 19ème était une entomologiste et botaniste émérite mais quasi inconnue malgré ses recherches et ses travaux, toutes deux reliés par leur maison.  Deux femmes, deux époques. Dans les livres de Barbara Kingsolver, on est frappés par l’implication de l’auteur dans les enjeux de la modernité, par le travail monumental de recherche sur l’histoire de l’humanité, par la force et la justesse des propos. Mais attention, point de lourdeur ! c’est avec finesse, en confrontant les points de vue de ses personnages qu’elle fait passer sa vision de la société. Bravo, Mme Kingsolver, je suis fan !!!