Pouic-pouic a aimé

Nos derniers coups de coeur

Justice indienne – David Heska Wanbli Weiden
Gallmeister

Quand on a lu Justice indienne on comprend pourquoi Benjamin Whitmer a soutenu ce premier roman d’un auteur membre de la Nation Lakota Sicangu, pourquoi Craig Johnson, Tommy Orange et bien d’autres auteurs de renom sont aussi élogieux à son égard. C’est un roman qui s’inscrit dans la lignée des grands romans noirs américains de Chester Himes ou Dashiell Hammett. Dans la réserve indienne de Rosebud, (Dakota du sud) Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé, loue ses gros bras pour quelques billets, palliant le manque de moyens de la police tribale et l’inaction du système légal américain face aux abus de toutes sortes. C’est un roman noir, captivant, très documenté sur les traditions lakotas, sur le quotidien des Indiens, loin des clichés, sur la difficulté à concilier modernité et tradition ; c’est une balade entre les paysages du Dakota du sud (Mont Rushmore) et les prairies du  Nebraska, un hommage aux figures qui ont marqué l’histoire des indiens (Red Cloud, Sitting Bull, Black Elk…) c’est aussi une réflexion puissante sur l’art de se faire justice soi-même… Fascinant !!!
Laure

Serge – Yasmina Reza
Flammarion

Serge, c’est le grand-frère du narrateur. C’est un pauvre type, un raté, qui foire tout ce qu’il entreprend, qui s’imagine être un tombeur, un flambeur, qui est toujours là mais à côté, qui brasse de l’air, tellement d’air qu’il exaspère son entourage (et le lecteur) mais qu’il en devient touchant. Et son petit frère, Jean, l’a toujours suivi. Serge, c’est un roman sur la famille, les racines, l’identité. C’est plein de finesse et d’humour ; c’est caustique, émouvant et drôle. Yasmina Reza réussit à parler de choses graves avec beaucoup de légèreté (la maladie, la mort, la Shoah, la famille, la religion…), et c’est ce qui fait tout le charme du livre.
Laure

La légende de Podkin le Brave – Kieran Larwood
Folio junior

Cette trilogie qui a reçu le prix sorcière en 2019, nous plonge dans la légende de Podkin, ce vaillant petit lapin à l’oreille coupée. Fils d’un chef de terrier de l’un des cinq royaumes de Lanica, son caractère peureux et sa paresse ne le destinaient pourtant pas à laisser une trace dans l’histoire. Et c’est justement cela qui le rend si attachant ! Podkin va ainsi devoir rétablir la paix et combattre les Gorms, ces redoutables lapins habillés d’une carapace métallique qui tiennent leur pouvoir maléfique des entrailles de la Terre. Aidé de sa sœur Paz et de son petit frère Pook, il comprend rapidement que sa mission ne peut s’accomplir sans retrouver les « dons », ces objets aux pouvoirs magiques confiés à chaque terrier depuis la nuit des temps.
Quête, dangers, magie, combats, on est embarqué dans une aventure envoûtante à la Tolkien, mais pour les enfants un peu plus jeunes, dès 8-9 ans !
Fanny

Résidence Beau Séjour – Gilles Bachelet
Seuil jeunesse

Enfin un bel album avec des licornes ! L’histoire se déroule dans un monde ô combien malheureux où les licornes sont envoyées en maison de repos car passées de mode et détrônées par un autre animal trop mignon : les grolovioux à poil doux. On suit le nouveau quotidien loin des projecteurs de Miss Poufy, une licorne envoyée à la Résidence Beau Séjour. Elle y retrouve bon nombre d’animaux dont ne veulent plus les enfants (pikatchu, pandas, dauphins…) et doit trouver de quoi occuper son temps. Entre séance de yoga et atelier pâtisserie, elle se retrouve à enquêter sur la disparition mystérieuse de résidents… Bref, c’est très drôle et complètement déjanté ! L’auteur, Gilles Bachelet, est notamment connu pour la délirante série des « Mon chat », cet énorme éléphant complètement idiot qu’il prend pour son chat.
Fanny

 

Glory – Elizabeth Wetmore
Les Escales

Un premier roman magnifique !
1976, Odessa, petite ville en plein boom pétrolier. Partant de l’agression (viol et passage à tabac) d’une jeune mexicaine de 14 ans, nous sommes entraînés dans l’histoire de 5 femmes soumises à la dure loi du Sud ségrégationniste et sexiste. L’histoire de Marie-Rose qui ouvre sa porte à l’adolescente, la défend fusil en main contre son agresseur et la soutiendra jusqu’au jugement. Soutien difficile qui la sépare de son mari et la coupe de la vie sociale car, après tout, que vaut la vie d’une Mexicaine face à un bon gars bien blanc et qui plus est fils de pasteur ? C’est aussi l’histoire de Debra Ann, la gamine de 10 ans, abandonnée par sa mère Ginny, elle aussi partie pour survivre ; l’histoire de Corinne Shepard, qui, recroquevillée dans le chagrin de son veuvage, a bien senti le danger qui menaçait Gloria mais n’est pas intervenue. Karma la serveuse du bar, témoin elle aussi de la brutalité des hommes. Que dire aussi de toutes ces femmes bien pensantes, promptes à rejeter la faute sur l’allumeuse mexicaine ?
La conclusion est amère, la sanction bien faible et Gloria, désormais Glory n’aura d’autre alternative que de fuir la ville.
La tension du début du livre ne faiblit pas et chaque chapitre apporte un éclairage différent. Autrice à suivre !
Claire

Jolene – Shaïne Cassim
Ecole des Loisir

Ce roman jeunesse n’est pas une nouveauté, mais c’est une petite pépite à découvrir, à offrir. C’est court, (trop même) percutant, bouleversant. C’est une histoire d’amour fou sur fond de blues, une histoire de rencontre fracassante qui fait battre le cœur, qui emplit les oreilles de musique, pousse à être curieux, qui vous surprend, vous fait vibrer…. Et ça, c’est bon !!!
Laure

 

La Maison des Hollandais – Ann Patchett
Actes sud

Nouveau roman d’Ann Patchett dont le personnage principal est la maison du titre, celle des Hollandais, cette magnifique demeure bourgeoise des VanHoebeek, rachetée par Cyril pour sa femme Elna et ses enfants Maeve et Danny (le narrateur de l’histoire). C’est la maison d’enfance de Danny et de sa grande sœur, celle devant laquelle ils stationnent encore de temps en temps, adultes, celle qui a fait fuir leur mère, celle dont ils ont été dépouillés par la nouvelle femme de leur père, Andrea, au décès de celui-ci. La Maison des Hollandais est un roman sur l’enfance, l’absence, la construction de soi, les racines, les histoires de famille, la place de chacun dans la fratrie. C’est un roman sur l’amour fraternel et le dévouement qui sauvent les orphelins… Le lecteur se laisse bercer par les aller-retour nombreux entre les différentes époques, est séduit par l’analyse toujours juste des sentiments de Danny pour sa femme, ses enfants, sa nounou retrouvée, ses doutes, ses interrogations quant au bonheur de sa sœur aînée qui n’existe que pour lui. Les personnages y ont une épaisseur particulière, beaucoup d’humour, de repartie. C’est fin, intelligent, sensible et émouvant. Rien à voir avec la morosité ambiante !!! Foncez !
Laure

Je, d’un accident ou d’amour – Loïc Demey
Cheyne éditeur

Un grand merci à David F. et Laurence L. qui m’ont fait découvrir cet ovni poétique qui a été publié en 2014 par l’éditeur ardéchois Cheyne !!! Et c’est pas tous les jours que j’en lis de la poésie !!! Mais là, j’ai été absorbée par ce texte qui, dès les premières lignes, fait écho à « Prendre corps » mis en musique et interprété par Arthur H dans son album Baba Love (à l’origine, poème de Ghérasim Luca, poète d’origine roumaine né en 1913 et mort en 1994). C’est un roman poème, une nouvelle poétique, un truc entre les deux qui vous emporte dès le départ. C’est une histoire d’amour, de déflagration. C’est une pépite, c’est beau, original, simple et travaillée à la fois, c’est…magique ! Et cette citation de l’Evangile selon Jean placée en exergue est tellement une évidence…. Soyez curieux, foncez !!!
Laure

Manger Bambi – Caroline de Mulder
Gallimard

Une claque, une mandale… on se fait maraver la tronche avec ce livre de OUF ! 150 pages que j’ai dévorées, à la fois choquée dès les premières lignes par l’écriture punk, nourrie de verlan, du vocabulaire des rues qui pouassent la misère, fascinée par la violence de cette fille, Bambi, et son « crew » (sa bande) qui pistent sur les sites de sugardating les vieux cochons friqués en quête de jeunes filles pauvres à entretenir. C’est trash comme la vie de Bambi, 16 ans, une petite fille qui aimera toujours sa maman alcoolique, dépressive et violente, et qui croisera sur son chemin l’horrible « Nounours ». Rien à voir avec un conte de fée, tout le contraire même. Mais c’est une réussite ! un coup de poing ! Bravo !
Laure

Pico Bogue : Inséparables, Dominique Roques et Alexis Dormal, Dargaud

Douzième numéro de la série Pico Bogue, toujours aussi savoureux !!! Ça pétille d’intelligence, de finesse et d’humour ; et quel sens de la repartie ! Le coup de crayon est toujours aussi maîtrisé ! Quels enfants !!! Tout est réussi : Pico, sa petite sœur Ana Ana, la bande de copains et copines, les réflexions sur le sens de la vie, la nécessité d’apprendre, la place de la femme, l’art de moucher les adultes, de les questionner et de les pousser dans leurs derniers retranchements, de les obliger, de NOUS obliger à prendre la mesure de notre bêtise parfois, de notre conditionnement…. La petitesse de tous ces enfants ne fait que souligner leur grande intelligence. C’est jubilatoire !

 

 

Touiller le miso, Florent Chavouet, éditions Picquier

Ça y est ! Moi aussi je peux crâner maintenant et dire : « Je suis allée au Japon ! C’était génial !!! » Ben oui, quoi, j’ai lu Touiller le miso de Florent Chavouet ! C’est bien pareil, non ?!!! Sur la page de droite un chouette dessin avec un haïku écrit sur place (puisque c’était l’objectif de l’auteur : aller au Japon pour écrire des kaïkus. Enfin, l’objectif de départ, c’était boire du sake…) et sur la page de gauche, tout un tas de choses (plans de ville, de quartier, façades d’immeubles, devantures de magasins, description d’aliments exotiques, savoureux ou insipides, des voitures dans des garages, des sculptures rencontrées au musée, des bouteilles de bières, des animaux…. (suite…)